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Centre d'Accompagnement
Thérapeutique Pluridisciplinaire
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paraplegique en fauteuil roulant

Handicap moteur acquis

Partie III :

La chaise roulante

Bon nombre de personnes de tout âge ne marchent pas ou plus, brusquement ou progressivement, partiellement ou complètement, temporairement ou de manière définitive. Celles-ci, grâce au fauteuil roulant, trouveront un moyen de déplacement unique qui diminuera la dépendance, participera à l’autonomie et donc à la liberté.

Un travail de deuil

Entre le moment où quelqu’un se déplace en marchant et celui où il devra se déplacer en roulant, un travail de deuil et d’acceptation est à faire. Après le traumatisme, le choc psychologique, il y a d’abord le déni, c’est-à-dire le fait de repousser la prise de conscience de la perte de la faculté de marcher. Petit à petit, la conscience de cette perte s’installe et s’intériorise. Suit une période dépressive réactionnelle ; l’image de soi ne correspond plus à celle d’avant et la personne ne sait pas encore ce qu’elle pourra être. Il s’ensuit de la révolte, voire de l’agressivité. Après la dénégation et la dépression, survient « normalement » la réaction et l’adaptation. Ces étapes sont évidemment théoriques, d’une variabilité personnelle.

Le première mise en chaise

La première mise en chaise n’a que très rarement lieu à la fin du travail de deuil mais plutôt lors de la phase de choc ou de déni. Même si ce moment critique peut être vécu comme une libération après une longue période couchée, il est surtout vécu comme la prise de conscience d’une condamnation à rester assis. La chaise peut alors être refusée…

Le choix de la chaise

La personne et sa chaise rappellent un peu, sous certains aspects, un couple : le choix n’est pas toujours fondé sur des critères objectifs de bien-être à deux. Parfois, on se complait dans la passivité en choisissant une chaise qui ne demande pas d’effort à faire mais qui, dès lors, permet moins de possibilités. Parfois, on choisit une chaise pour frimer… 
 
Le choix de la chaise a un lien avec le deuil et avec la personnalité antérieure.

Les difficultés liées au fauteuil roulant

Handicap, mobilité et dépendance

Au sortir du centre de rééducation, tel paraplégique utilise sa chaise seul tandis que tel autre, au degré de handicap similaire, se fait pousser et reste ainsi dépendant de son entourage. On peut s’interroger sur le niveau de dépendance antérieur de ce dernier.

Handicap et accessibilité

De plus en plus, des normes sont fixées afin de rendre certains bâtiments accessibles aux personnes à mobilité réduite. Le code wallon de l’aménagement et de l’urbanisme prévoit que le permis de bâtir n’est délivré que si les bâtiments y répondent. 
 
Les bâtiments concernés sont : les homes pour personnes âgées et handicapées, les hôpitaux, les bâtiments culturels, les bâtiments administratifs, les tribunaux, les banques, les toilettes publiques, les écoles, les églises, les gares et les stations SNCB et TEC, dans la mesure où ils sont ouverts au public. 
 
Les bâtiments répondant aux normes doivent être signalés au moyen d’une plaque portant le symbole international d’accessibilité consistant en une plaque bleue sur laquelle apparaît en blanc la silhouette d’une personne en fauteuil roulant. 
 
Les normes concernent les parkings, la dimension et la caractéristique des voies d’accès aux bâtiments, la dimension des portes, l’emplacement des guichets et la dimension des toilettes. 
 
Pourtant, aujourd’hui encore, des gestes simples du quotidien comme prendre le métro, retirer de l’argent au bancontact, faire ses courses, aller au cinéma… relèvent de l’exploit. 
 
S’il y a des progrès au niveau de l’accessibilité, se déplacer en fauteuil roulant est un combat de tous les jours.

Handicap et relation avec les autres

Beaucoup de personnes en fauteuil roulant se sentent en « position basse » par rapport à leur entourage valide. Pour les voir, il faut baisser le regard. En chaise, la personne se sent de la hauteur d’un enfant. Associé à l’incontinence, ceci leur donne l’impression d’avoir régressé. Certains rapportent qu’on s’adresse à eux différemment, comme s’ils étaient idiots ou mentalement déficients. Le handicap physique est, en effet, souvent associé au handicap mental ; être en chaise peut vouloir dire avoir perdu d’autres caractéristiques aux yeux des personnes valides. 
 
Poussés, on leur parle dans le dos, sans les regarder. Dans les groupes, les conversations s’échangent au dessus de leur tête ; dans les soirées, ils ne voient que les jambes des autres. Il est aussi plus difficile de séduire lorsqu’on est en chaise ; les hommes, en particulier, déplorent le fait que les femmes préfèrent les hommes plus grands… 
 
N’oublions pas non plus que le fauteuil roulant est le symbole du handicap dans notre société. Le sigle « handicapé » représente une personne en chaise. Alors que la personne handicapée a dû faire un travail sur elle-même afin de se reconstruire une identité, elle découvre que celle-ci est masquée derrière le handicap symbolisé par le fauteuil roulant. On ne la reconnaît plus à son sourire mais à son fauteuil et on regarde ce dernier avant de l’écouter. Elle est désignée comme « l’homme (ou la femme) en chaise ». Elle est dévisagée par les valides, non par méchanceté mais par incompréhension, peur de la différence, voire peur de la mort, ce qui entraîne rejet, pitié ou compassion. 
 
La relation avec le valide est elle-même peu accessible. Le fauteuil roulant est un stigmate et joue souvent un rôle de barrière dans la relation. Non seulement la personne en chaise doit arriver à se sentir à nouveau une personne à part entière, doit vivre avec les difficultés physiques quotidiennes, doit se battre contre le monde extérieur mais, en plus, elle se doit elle-même de faire disparaître le fauteuil de la relation puisque le valide a tellement de mal à en faire abstraction. 
 
Monsieur X est en chaise. Lorsqu’il sort avec ses amis, il est tellement bien intégré que tous en viennent à oublier son handicap. Un jour, un ascenseur étant occupé, tous courent vers les escaliers… oubliant que leur ami en chaise doit rester là à attendre. Sa difficulté ne réside pas dans l’attente mais dans le fait que la conversation a été brusquement interrompue. 
 
Ceci pour dire que si le fauteuil doit disparaître de la relation, il ne doit pas être nié pour autant ! 

En résumé…

Le fauteuil roulant est un objet à haute signification affective : si pour le valide, il s’associe à des peurs inconscientes, dans le vécu de celui qui ne peut s’en passer, il empêche une vie tout en en permettant une autre… En effet, comment sortir, faire ses courses, le ménage, travailler, partir en vacances, élever ses enfants ou rencontrer les autres, sans son fauteuil roulant ? Il existe une véritable relation entre la personne et sa chaise, symbole à la fois de son handicap et de sa liberté retrouvée.
Dossier Handicap :
Auteur
Bibliographie
- RYPENS, Sophie (29/09/2000), Le fauteuil roulant: symbole du handicap et de liberté. Communication présentée au Symposium « La chaise roulante », 50e Anniversaire du CTR, Bruxelles.